Roman de la Rose moralisé de Jean Molinet - la prose

(A) la prose

- auteur: Jean Molinet (1435-1507)

- dédicataire: Philippe de Clèves

- datation: 1499-1500

- Doutrepont 1939, p. 394

- manuscrit de dédicace: La Haye, KB, ms 128-C-5

- editio princeps:Paris, Antoine Vérard, s.d.

- organisation du texte

Incipit du manuscrit de La Haye: «Au tresnoble co(m)mandement // et pour accomplir le bon // plaisir de Jllustre prince // et mon tresredoubte // seigneur./ Monseigneur Philippe // de cleves./ Seigneur de Ravestain // fut ce Romant de la Rose mora= // liset et translate de rime en // prose. ou sont comprins le prolo= // gue./ Cent et vij. chapitres re= // duis par sens moral de fole a= // mour vicieuse a divine amour // vertueuse». La table des matières est suivie d’un prologue où l’auteur s’explique amplement (ff. 1r-4r) sur la nature de son projet, qu’il s’agisse de son travail de mise en prose ou de l’exégèse moralisante qu’il juge utile d’ajouter au texte original: «j’emploiray touttes mes forces a l’avanchement de la queste amoureuse et au reboutement des maudis envieulx, suppliant que, de vostre grace, il me soit pardonné se generalement je ne metz en oeuvre tous les propres termes que je trouveray en la masse, car, puis le tempz que le Romant fu premier compilé, nostre langaige est fort agensy, fort mignon et renouvelé. Je ne voeul amenrir les sentences ne les commuer, mais entrelacheray aleffois aucunes dictions modernes, leissant les aultres en leur entier se trop rudes ne sont ou hors d’usage. Et affin que je ne perde le fourment de ma labeur et que la farine qui en sera molute puist avoir fleur salutaire, j’ay intencion, se Dieu me donne la grace, de tourner et convertir soubz mes rudes meules le vicieux au virtueux, le corporel a l’espirituel, la mondanité en divinité et souverainement de le moralisier» (f. 3v).

Le texte du Roman de la Rose est morcelé en 107 chapitres, d’ampleur inégale, qui comportent chacun deux sections nettement différenciées: l’écrivain se borne tout d’abord à «translater» le poème du XIIIe siècle et se livre dans un second temps à un commentaire édifiant, clairement dissocié du texte de la mise en prose par le titre de «moralité», ajouté à l’encre rouge par le rubricateur. Ainsi le remanieur satisfait-il pleinement à sa tâche de moraliste sans attenter pour autant à la lettre de son modèle, qu’il dérime avec une remarquable fidélité, restituant en moyenne 90% du texte-source. Explicit du manuscrit de La Haye: «Le translateur // Vrais champions damours plus fors que fer // qui triu(m)pher./ querez en haulte tente // se leternel bouton volez trouver // pour vous sauuer./ pensez de bien aimer // et vous armer./ quant l’ennemi vous tempte // je vous presente./ et moustre et voye et sente // a double entente./ et touchant cest affaire // leissiez le mal se visez du bien faire // [intervalle de la hauteur de 4 lignes] L’an xv.c tournay molin au vent // et le conuent damours ouvri ma baille // chargiet de grain. sengrenay telement // que rudement./ a mon entendement // prins du fourment./ la fleur que je vous baille // Rues la paille./ aprez qui maint sot baille // a la happaille./ et loing du jardinet // Le mo(n)nier doibt auoir son molin net».