Geste du Chevalier au cygne de Berthault de Villebresme - la source

(B) la source

Doutrepont (en suivant les conclusions de Reiffenberg) a pensé que la Geste est une version abrégée du Chevalier au Cygne et Godefroi de Bouillon (CCGB), texte daté de 1356 grâce à certains événements historiquesqu’il cite et qui est la première chanson du Second Cycle de la Croisade; cette très longue chanson de 35000 vers est donc un texte quasiment contemporain du texte de Berthault. Emplaincourt, plus de cinquante ans après Doutrepont, a montré que la prose était sans aucun doute possible («definitely») basée sur un modèle du premier cycle, et en particulier sur la version Beatrix pour le début de l’œuvre.

Le narrateur de la Gesteconnaissait toutefois le Second Cycle (ce qui n’a rien d’étonnant, étant donné les dates), et certains passages montrent qu’il en a subi l’influence: aux ff. 68v, 69v et 81v il confond Beatrix avec Clarisse (cf. CCGB, v. 2533) et cette triple coïncidence avec des passages du Second Cycle, comme le signale Emplaincourt dans ses notes, prouve de façon certaine que le narrateur utilisait accessoirement ce Cycle. Le f. 105v fait référence à «Baudouyn de Sebourc qui tint Jherusalem» (le héros de Baudouin de Sebourc, deuxième texte du Second Cycle). En outre le chapitre 9 (f. 17v) parle de la prise de Damas, un détail propre à la tradition du Second Cycle, beaucoup plus éloigné de la réalité historique.

On remarquera que la prose du ms Paris, BnF, fr. 781 (voir notice Godefroi de Bouillon) vient aussi de la version Beatrix, la version la plus récente du Premier Cycle.

On notera aussi – et ceci vaut la peine d’être souligné – que lorsque Berthault affirme dans son prologue avoir utilisé un livre écrit dans une ancienne langue difficile à comprendre, un ouvrage qui était la propriété de sa protectrice, ce n’est pas une affirmation littéraire (les auteurs de chansons de geste prétendent souvent avoir trouvé un livre qui fait autorité): il dit certainement la vérité. Emplaicourt suppose qu’il s’agit d’une version en vers perdue.